La candidature Zemmour au cœur de la bataille des droites

La perspective d’une candidature présidentielle d’Éric Zemmour que nous évoquions dans un précédent article, est aujourd’hui une quasi-certitude, du moins dans l’intention. Cette candidature et ses conséquences doivent être prises au sérieux, surtout au regard des résultats des Régionales, qui esquissent les possibles recompositions à venir. Il serait cependant prématuré de tirer des leçons définitives de la dernière séquence électorale. Le paysage bouge, mais il est loin d’être stabilisé sur des bases bien délimitées.

La présidentielle n’est pas jouée

La lourde défaite de LREM et la sévère contreperformance du RN n’ont pas anéanti le scénario d’un deuxième tour Macron/Le Pen, même si la droite retrouve une certaine vigueur pour pouvoir rêver à nouveau à une qualification. À droite, Xavier Bertrand a pris une longueur d’avance comme candidat naturel de sa famille politique, mais il est encore loin d’avoir assuré sa place pour un deuxième tour, et sa déclaration intempestive au soir du premier tour des Régionales sur le fait qu’il n’avait « qu’un seul ennemi, le FN » peut lui couter ses chances de qualification en finale ! Le grand écart idéologique de la droite qui se dit « républicaine », n’est plus durable, et, par cette phrase, Xavier Bertrand a clairement signifié sa compatibilité idéologique avec le système Macron, alors qu’une part significative de l’électorat de droite rejette la Macronie.
Un sondage récent Harris Interactive montre que de nombreux électeurs de Fillon en 2017 se disent prêt à voter Le Pen. Par ailleurs, constate Jean-Daniel Lévy, directeur délégué d’Harris Interactive, 28% des électeurs de LR disent pouvoir voter pour Éric Zemmour. Autrement dit, une nouvelle offre de droite, forte et assumée, pourrait bien réduire le réservoir électoral de la droite « classique » ; ses palinodies idéologiques laissant ouvert un espace béant sur son flanc droit. C’est là que la candidature d’Éric Zemmour prend toute sa dimension.

La tentation Zemmour touche d’abord la droite LR

Comme nous l’avions écrit, le premier effet de la candidature Zemmour impacte prioritairement l’électorat de LR, ce que confirmait un sondage du média Livre Noir : en l’état, c’est l’électorat de droite pour 14%, et non celui du RN (6%) qui se dit prêt à voter pour Éric Zemmour. Toutefois, comme nous l’avons signalé plus haut, rien n’est acquis dans un paysage instable, puisque, toujours selon l’enquête de Livre Noir, 48% des sympathisants du RN déclarent qu’ils pourraient voter Zemmour, contre 21% pour ceux de la droite. En clair, a court terme, la candidature de Zemmour affaiblit plus la droite que le RN, mais, potentiellement, l’espace de Marine Le Pen apparait plus fragile. Cette dernière va être placée sous la pression de la concurrence des programmes et de l’évaluation comparée des performances des candidats. La candidature d’Éric Zemmour remet en cause le statut de Marine Le Pen de candidat naturel de la droite contestatrice.

Toutefois, même si la droite acquise au système tente de se rassurer à bon compte sur sa victoire très relative des Régionales, elle va également être soumise à la menace d’une candidature concurrente. Programme contre programme, Éric Zemmour, dont les talents de polémiste sont connus et reconnus dans les débats sociétaux, peut surprendre l’opinion publique par la qualité d’un programme économique porté par des personnalités indiscutables. Un électorat conservateur de droite, déjà séduit par son discours politique, peut basculer s’il est rassuré par la qualité « raisonnable » d’un programme économique soutenu par des autorités « qualifiées » ; ce que Marine Le Pen n’a jamais réussi à réaliser. L’électorat conservateur de droite potentiellement mobile, qui jusque-là s’est toujours tenu à distance du vote FN, se présente comme la clé essentielle du scrutin de 2022. Les 5 à 10% du corps électoral que représente cette famille sociologique détermineront le choix du candidat de droite qui se qualifiera pour le second tour. La bataille de la droite s’annonce comme l’enjeu capital de l’élection, et la candidature d’Éric Zemmour devient, n’en doutons pas, un élément déterminant de cette confrontation historique !

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