Eric Zemmour, Français d’affirmation!

Et voilà que la gauche soi-disant universaliste fut terrifiée par Eric Zemmour au point d’utiliser contre lui les armes de ceux qu’elle avait toujours dit combattre.

Dans une longue tribune, présentée par son auteur comme un « portrait d’Eric Zemmour en Juif de négation » et publiée dans une « revue universaliste », on assiste à l’utilisation des thèses de Jean-Claude Milner pour affirmer que « les ressorts de son imperturbable conquête des esprits » seraient « une réhabilitation de l’extrême-droite vichyste au nom d’une France chrétienne » ainsi que pour Zemmour lui-même « une assimilation revendiquée jusqu’à la négation de soi ».

Suit un développement méthodiquement orienté vers une conclusion sans appel. Zemmour serait « un juif français, exemple autoproclamé d’assimilation, qui porte ce nouvel antijudaïsme »« Éric Zemmour apparaît comme un avatar d’extrême droite de ce juif de négation disant non à tout ce qui porte un nom juif », « figure du juif rejetant toute affirmation et tout héritage juif. » Et à la toute fin : « Milner nous avertit : le juif de négation est en réalité un « compagnon de route des persécuteurs ». C’est à cette aune qu’il faut considérer l’action politique d’Éric Zemmour. »

On aura compris que l’auteur – probablement sans se l’avouer à lui-même – utilise ici « Juif de négation » comme d’autres disent « arabe de service » ou « nègre de maison », l’habillage pseudo-érudit ne servant qu’à donner un vernis acceptable à l’accusation faite à Zemmour d’être peu ou prou un « native informant ». Naufrage de ce qui était la gauche et sombre dans le gauchisme. Le « d’où parles-tu, camarade ? » poussé au bout de sa logique immonde.

Je refuse de discuter pour savoir si oui ou non Eric Zemmour serait un « Juif de négation ». Je récuse l’idée même de l’emploi de cette accusation dans le débat politique. Notons que je ne suis de loin pas le premier à la trouver problématique, et si je ne partage pas tout ce qu’écrit François Wahl dans la critique qu’il en fait, j’ose espérer que mes contradicteurs y réfléchiront à deux fois avant de faire certains mauvais procès d’intention à un Juif, résistant, dont le père mourut en déportation à Auschwitz.

J’ajoute que mon indignation serait la même si quelqu’un prétendait appliquer ce qualificatif à Esther Benbassa en raison de son soutien maintes fois répété aux islamistes, bien que les idées de cette femme me révoltent. Ou même à l’auteur de la tribune contre Zemmour ! Après tout, ne se présente-t-il pas comme « socialiste, français et juif » sur les réseaux, et ne s’acharne-t-il pas pourtant à faire feu de tout bois contre le seul Juif qui ait aujourd’hui une chance de mettre fin à la propagation de l’antisémitisme islamique en France, et à l’importation massive d’antisémites via une immigration débridée ? Car il est trop facile de se croire les mains pures quand on est complice par inaction de tout ce qui conduit le pays vers l’abîme. Et si les nouveaux venus ne sont évidemment pas tous antisémites, on sait que dans leur écrasante majorité ceux qui arrivent en France viennent de cultures dans lesquelles l’antisémitisme est totalement banalisé, voire valorisé – Georges Bensoussan a payé au prix fort le droit pour nous tous de le dire. Sur les deux millions d’immigrés accueillis par Macron en 5 ans, sans que la gauche « universaliste » y trouve rien à redire, combien d’antisémites ?

Mais même si c’était pour l’appliquer à mes adversaires, je rejette l’emploi de cette étiquette. Français, je critique ici ce qu’un Français a écrit au sujet des convictions politiques d’un autre Français. Rien de moins, rien de plus.

Vichy ? Eric Zemmour ne fait que reprendre peu ou prou la position de Philippe Séguin, qu’il exprima en 1997, au moment du procès Papon, dans sa tribune du Figaro « Assez, assez, assez ! » (ce qui déjà fit hurler la gauche). Le reste n’est évidemment pas une expertise historique, mais une volonté de dire « j’assume tout », une manière de tenter de prendre sur soi et en soi les évidentes contradictions et complexités d’une époque douloureuse, la lumière et l’ombre, pour soulager la France d’un poids qui la paralyse face à ses ennemis. Si Zemmour est fautif, c’est uniquement de vouloir se charger des péchés de la France pour l’en délivrer.

Les lois mémorielles ? Une dérive de l’État qui ne se contente plus de dire le droit mais se targue de dire le vrai – vieux fantasme des totalitarismes de gauche. Un édifice cohérent que Zemmour a bien raison de vouloir démanteler, afin que la défense de l’affirmation du vrai – dire l’horreur de la Shoah – ne puisse plus continuer à servir d’alibi juridique à la négation du vrai – refuser de dire l’horreur des traites négrières arabo-musulmanes et de la traite intra-africaine.

De tout cela, disputons à l’envie ! Que ses adversaires attaquent les analyses, les convictions et les projets d’Eric Zemmour, c’est le jeu du débat d’idées et de la démocratie. C’est légitime, sain, nécessaire.

Mais qu’ils attaquent sa judéité, ou pire : qu’ils l’attaquent par sa judéité, c’est intolérable.

On serait rassuré de n’y voir qu’une version contemporaine des critiques d’Alexandre ben Baruch Créhange reprochant à Adolphe Crémieux de renoncer à manger casher pour participer aux « agapes fraternelles » des laïcs. Clin d’oeil de l’histoire : Eric Zemmour aime rappeler que sa famille doit sa nationalité française au décret pris par Adolphe Crémieux en octobre 1870, qui en l’accordant aux Juifs d’Algérie les émancipait du statut de dhimmis dans lequel les musulmans les confinaient depuis des siècles. On le sait moins, mais à la même date Crémieux abolissait la polygamie en Algérie, et proposait la naturalisation aux « indigènes musulmans » voulant « être régis par les lois civiles et politiques de la France » : voilà qui rappelle furieusement l’exigence d’assimilation que porte un certain « pas encore tout à fait candidat » !

Mais hélas, l’attaque contre Zemmour ne relève pas seulement de cette vieille divergence. L’auteur de la tribune l’avoue sans honte : « Comment expliquer autrement…. » Manifestement, il ne parvient même pas à imaginer qu’on pourrait expliquer les idées d’Eric Zemmour autrement qu’en cherchant leur source dans son rapport à sa  « communauté ». Comme si les idées de Zemmour ne pouvaient pas être tout simplement ses convictions de Français et de citoyen. Comme si la judéité d’Eric Zemmour était inévitablement le point nodal de sa construction politique. Comme si même un Juif « rejetant toute affirmation et tout héritage juif », passé par « une assimilation revendiquée jusqu’à la négation de soi », était forcément, ontologiquement incapable de s’abstraire de sa judéité pour forger sa vision de la France ! Et c’est une voix de la gauche dite « universaliste » qui l’écrit : quel terrible – involontaire, mais terrible – cadeau fait à tout ce qu’il y a de vrais antisémites dans notre pays (qu’ils soient apparentés à l’islamo-gauchisme florissant et normalisé à gauche, ou à ce vieil antisémitisme médiocre d’extrême-droite, moribond et rejeté par tout ce qui compte dans ce que la gauche appelle aujourd’hui « extrême-droite », mais hélas pas encore tout à fait mort).

Que penser, en outre, de cette volonté de disqualifier Zemmour en lui collant l’étiquette de « Juif de négation » ? On croirait lire la lie des indigénistes et des « décoloniaux » : son « assimilation revendiquée » serait nécessairement « négation de soi » et rejet de « toute affirmation et de tout héritage juif », son refus cohérent du communautarisme au profit de la seule communauté nationale un « non à tout ce qui porte un nom juif », et il serait bien sûr un « compagnon de route des persécuteurs ». Renégat à sa communauté de naissance et complice de ceux qui la persécutent, c’est très exactement ce que trop d’ennemis de la République et de la France, incapables de penser les convictions autrement que par le prisme du point de vue de leur « communauté », disent de nos compatriotes authentiquement assimilés qu’ils traitent de « collabeur » et de « bounty ».

Pourquoi tant de haine ? Pourquoi cette gauche-là s’attaque-t-elle non seulement aux idées de Zemmour, mais à sa personne ? Tout simplement parce que si ses idées la dérangent, sa personne prouve, par sa simple existence, que cette gauche a tort et que ses mythes fondateurs sont faux.

C’est une gauche qui s’est construite sur le rejet de l’identité française, jusqu’à déprécier l’idée même d’identité. Une gauche qui ne vit que des postures morales qu’elle se donne en décernant des brevets de bonne conduite « républicaine », refusant de hiérarchiser entre islamo-gauchisme et « extrême-droite », les deux identiquement accusés d’antisémitisme.

Mais voici qu’une grande part de ce que cette gauche appelle « extrême-droite » se rassemble massivement autour d’un Juif – qui, soit dit en passant, n’est pas plus extrémiste que le RPR de 1990. Voici qu’un petit Juif dont la famille vient d’Afrique du Nord ravive la flamme symbolique d’une petite bergère de Lorraine pour incarner cette identité française conspuée, et sauver la France envers et contre tout.

Comment ? Cet électorat dit « d’extrême-droite » et dépeint comme crypto-nazi, forcément rongé par un antisémitisme refoulé sinon avoué, serait transporté d’enthousiasme à l’idée de confier la magistrature suprême à un Juif, qui plus est originaire d’Afrique du Nord, et tout ça simplement parce qu’il aime passionnément la France, et qu’aux yeux de tous ceux qui aiment la France c’est là le principal ?

Eh bien oui. C’est ça, cette identité française dont la gauche a voulu nous faire croire qu’elle était dépassée, rance, nauséabonde. C’est ça, l’universalisme français, qui se moque des origines mais s’attache au partage d’une culture. C’est ça, la France.

« Il appelle Français ceux qui veulent que la France ne meure pas » écrivait Malraux du Général de Gaulle dans Les chênes qu’on abat…. Que certains s’abaissent à traiter Eric Zemmour de « Juif de négation » ne déshonore qu’eux : il est en tout cas, et résolument, Français d’affirmation

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